Telle un gant de velours noir

Kristina Vaughan

Telle un gant de velours noir, la nuit avance sur la mer,
Son sillage d’embruns.

Une variation d’ors, d’oranges, de roses pâles habille
La mort sensuelle du soleil.

Des courants orphelins déposent leurs offrandes sur le sable –
Cimetière de mousse, de crustacés ovales.

Je ramasse mes opales, mes impressions d’ailes fatiguées par les jeux,
Je m’en vais dans les terres.

Dans un mois et un jour, je retrouverai au fond du sac
Un tapis de sable.

Je reverrai la baie, le Mont, la salicorne,
Les miroitements de l’autel vert.

J’irai faire un tour au parc, me dirai que ce n’est pas
La même chose.

Que cet océan qui m’emplit, m’annule,
M’arrime l’âme au roc,

Oblige la superbe en syllabes muettes.
Que rien ne rime à rien,

Hormis sa discrétion immense…
Il fera bon et plein.

Mais le pavé conjure les dortoirs du cœur.
La ville reprendra ses quartiers.

Telle un gant de velours noir